Le procès qui oppose Rockstar Games à ses anciens salariés licenciés a vécu sa semaine la plus attendue. Du 14 au 16 octobre, Jennifer Kolbe, responsable de l’édition et des licences et considérée comme la numéro deux du studio derrière Sam Houser, a été contre-interrogée devant le tribunal du travail de Glasgow. Selon Vertical Slice, repris par TheGamer, l’avocat du syndicat IWGB lui a montré des messages suggérant qu’un salarié qui surveillait le Discord syndical obtenait des heures de congé en échange.
- Jennifer Kolbe, numéro deux de Rockstar, a été contre-interrogée du 14 au 16 octobre à Glasgow
- Le syndicat IWGB a montré des messages où une RH semble accorder une heure de congé à un informateur du Discord
- Rockstar parle de lanceurs d’alerte et nie toute surveillance organisée
- Kolbe dit avoir pris la décision finale des licenciements et assure que Sam Houser « ne crie sur personne »
- Le procès est prolongé jusqu’au 18 novembre, la veille de la sortie de GTA VI
À prendre avec précaution : les éléments rapportés ici sont des questions d’avocats, des pièces versées au dossier et des réponses de témoins. Ce ne sont pas des conclusions du tribunal, qui n’a encore rien jugé sur le fond. Rockstar conteste toutes les accusations et assure avoir licencié pour fuite d’informations confidentielles.
Un procès qui dure depuis septembre
Pour rappel, Rockstar a licencié pour faute grave environ 34 personnes fin octobre 2025, au Royaume-Uni et au Canada, l’essentiel chez Rockstar North à Édimbourg. Le studio leur reproche d’avoir partagé des informations confidentielles, notamment sur GTA VI, dans un serveur Discord qui comptait des centaines de membres, et d’y avoir tenu des propos « dénigrants » envers l’entreprise. Le syndicat IWGB, qui représente 23 de ces anciens salariés, soutient au contraire que ce serveur servait à s’organiser et que les renvois visaient à empêcher la reconnaissance officielle du syndicat, qui n’était plus qu’à quelques adhérents du seuil légal de 10 % des effectifs.
L’audience finale s’est ouverte le 10 septembre à Glasgow, devant la juge Lucy Wiseman. Nous avions présenté les arguments des deux camps dans notre article sur l’ouverture du procès, puis raconté l’audition du DRH Charlie Kinloch, interrogé sur la « taupe » surnommée AB, dans notre compte rendu du 10 octobre. Initialement prévu pour s’achever autour du 16 octobre, le procès a été prolongé : Rockstar a demandé plus de temps pour les contre-interrogatoires, et les plaidoiries finales sont désormais attendues en novembre, avec une fin annoncée le 18 novembre, la veille de la sortie de GTA VI.

Des heures de congé contre des captures d’écran ?
Le moment le plus commenté de la semaine concerne ceux que l’IWGB appelle des « taupes », que Rockstar présente comme des lanceurs d’alerte et que le tribunal a fini par désigner sous un terme neutre, les « fournisseurs d’informations ». Leurs noms sont masqués dans les documents de la procédure. Rockstar avait déjà reconnu dans ses écritures avoir disposé de sources à l’intérieur du serveur, dont une qui transmettait des informations à la direction depuis plus de deux ans et demi.
Selon Vertical Slice, l’avocat des salariés, Harry Stratton, a présenté à Jennifer Kolbe un échange entre une responsable des ressources humaines, Julie Stephen, et l’un de ces informateurs. Le salarié y explique avoir passé une heure à tout passer en revue sur le Discord et à faire des captures d’écran, puis demande une heure de congé le lendemain. La réponse attribuée à la responsable RH est un simple « no worries », et la demande aurait été validée dans Workday, l’outil de gestion du temps de l’entreprise. Pour le syndicat, c’est la preuve que des « contreparties » étaient offertes pour espionner l’activité syndicale.
Jennifer Kolbe a rejeté le mot « taupes » et maintenu qu’il s’agissait de salariés inquiets pour la sécurité des informations. Le vice-président des ressources humaines, Rob Spampinato, également interrogé cette semaine, a nié toute « compilation d’informations » organisée et assuré ne pas savoir que quelqu’un avait été chargé d’en rassembler. Rockstar affirme par ailleurs n’avoir consulté que les salons « publics » du serveur et ne pas savoir qui, parmi les plaignants, était syndiqué.
Jennifer Kolbe, décisionnaire des licenciements
D’après les comptes rendus de la presse britannique, Jennifer Kolbe a reconnu devant le tribunal avoir été la décisionnaire finale des licenciements. Elle a jugé « absolument faux » qu’elle connaissait l’existence du serveur Discord depuis des années, et nié avoir parlé de sanctions disciplinaires avec Jordan Garland, l’un des plaignants, en dehors du bureau. Elle a aussi affirmé que Rockstar n’était pas hostile aux syndicats et qualifié de raisonnables les réunions récentes avec des représentants de l’IWGB.
Un échange a particulièrement tendu la salle le 16 octobre. Interrogée sur le fait que les salariés auraient « peur » de Sam Houser, présenté par l’avocat des plaignants comme sujet à des colères, Jennifer Kolbe a répondu sèchement : « Ça n’arrive pas. Sam ne crie sur personne. » L’avocat de Rockstar, Thomas Cordrey, a jugé la question « totalement déplacée ».
Une phrase de Bloomberg reprise par le syndicat
Cette audition tombe quelques jours après la grande enquête de Bloomberg sur les coulisses du développement, dans laquelle Jennifer Kolbe s’exprimait longuement sur le crunch et la culture du studio (voir notre résumé de l’enquête de Bloomberg). Interrogée sur la syndicalisation, elle y expliquait en substance que Rockstar suivrait le choix de ses équipes, et que si elles voulaient un syndicat, elles en auraient un. Selon Vertical Slice, l’IWGB y voit un « feu vert » pour s’organiser, et appelle les salariés actuels du studio à le rejoindre. Jordan Garland, secrétaire de la branche jeu vidéo du syndicat, estimait de son côté dans le Morning Star que c’était enfin au tour des dirigeants de Rockstar d’être interrogés.
Ce que ça change pour GTA VI
Rien, côté calendrier : le procès porte sur des licenciements, pas sur le jeu, dont la sortie reste fixée au 19 novembre. Mais l’affaire pèse sur l’image du studio au moment où sa campagne de promotion bat son plein, et le jugement pourrait tomber dans les semaines qui suivront le lancement. Si le tribunal estime que les licenciements étaient liés à l’activité syndicale, Rockstar s’exposerait à devoir indemniser les plaignants, voire à une demande de réintégration. Une précédente demande de mesures provisoires des salariés avait été rejetée l’an dernier, le juge estimant alors ne pas pouvoir conclure que l’appartenance syndicale était la raison principale des renvois. Nous suivrons la suite des audiences jusqu’aux plaidoiries de novembre.
GTA VI sortira le 19 novembre 2026 sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S.
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