Le procès qui oppose Rockstar Games aux développeurs licenciés en octobre 2025 est entré dans sa phase la plus tendue. Selon Kotaku, Charlie Kinloch, codirecteur du studio Rockstar Lincoln et directeur des ressources humaines, a été longuement interrogé le 9 octobre devant le tribunal du travail de Glasgow. Au cœur des questions : un salarié surnommé « AB », qui aurait transmis pendant plus de deux ans des captures du Discord syndical à la direction, et le calendrier très serré des licenciements, survenus quelques jours avant l’annonce du report de GTA VI.

EN 30 SECONDES
  • Le DRH de Rockstar, Charlie Kinloch, a été contre-interrogé le 9 octobre au tribunal du travail de Glasgow
  • Un salarié surnommé « AB » lui aurait transmis des captures du Discord syndical pendant plus de deux ans, mais ne témoignera pas
  • L’avocat des salariés demande pourquoi Rockstar a attendu octobre 2025, peu avant le report de GTA VI, pour licencier
  • Kinloch invoque la croissance du serveur et une annonce majeure imminente
  • L’audience reprend la semaine prochaine, aucun jugement sur le fond n’est encore rendu

Ce qui est établi : l’audience finale se tient à Glasgow depuis le 10 septembre et doit s’achever autour du 16 octobre. Les échanges rapportés ici sont des questions d’avocats et des réponses de témoins, pas des conclusions du tribunal. Aucun jugement sur le fond n’a été rendu à ce jour.

Rappel : 31 licenciements et un syndicat à 12 adhérents du seuil

Fin octobre 2025, Rockstar a licencié pour faute grave plus de 30 salariés, dont 31 au Royaume-Uni, principalement chez Rockstar North à Édimbourg. Le studio leur reproche d’avoir partagé des informations confidentielles sur GTA VI dans un serveur Discord. Le syndicat IWGB, qui représente les anciens salariés, soutient que ce serveur servait à l’organisation syndicale et que les licenciements visaient surtout à empêcher sa reconnaissance officielle. Au Royaume-Uni, un syndicat peut demander cette reconnaissance quand il rassemble 10 % des effectifs concernés, et selon les plaignants, le groupe n’était plus qu’à 12 adhérents de ce seuil au moment des renvois.

Nous avions détaillé les arguments des deux camps à l’ouverture de l’audience, dans notre article sur le procès de Rockstar Games face à l’IWGB à Glasgow. Depuis, chaque partie a déposé ses écritures, et les témoins peuvent désormais être contre-interrogés.

Personnage de GTA VI en veste bleue et lunettes teintées, pistolet-mitrailleur à motif de palmiers à la main, devant des palmiers sous un ciel rose
Pendant que la promotion de GTA VI bat son plein, Rockstar défend ses licenciements de 2025 devant la justice britannique (visuel officiel, source : Kotaku).

« AB », la taupe du Discord syndical

Le personnage central du dossier ne témoignera pas. Désigné sous le seul pseudonyme « AB », ce salarié junior aurait envoyé à Charlie Kinloch, pendant plus de deux ans, des captures d’écran des discussions du serveur syndical. Rockstar avait elle-même reconnu dans ses écritures, le mois dernier, avoir disposé d’une source à l’intérieur du serveur, comme l’avait relevé Rock Paper Shotgun. Le studio affirme qu’AB agissait de son plein gré.

L’avocat des salariés licenciés conteste cette version. Il a demandé au juge pourquoi AB ne pouvait pas être entendu directement, et souhaite que le tribunal en tire une « inférence défavorable » : autrement dit, qu’il considère comme probable que Rockstar ait rémunéré AB, et peut-être d’autres salariés, en jours de récupération pour surveiller l’activité syndicale de leurs collègues. C’est l’un des points les plus sensibles de l’affaire, car une surveillance organisée d’un syndicat pèserait lourd dans l’appréciation des motifs réels des licenciements.

Pourquoi avoir attendu octobre 2025 ?

L’essentiel du contre-interrogatoire a porté sur le calendrier. Charlie Kinloch avait connaissance de certains messages dès mars et juin 2025, mais les licenciements n’ont eu lieu qu’à la fin du mois d’octobre. L’avocat des plaignants a rappelé que Rockstar décrivait elle-même une menace « urgente et sérieuse », et lui a demandé si attendre environ 18 mois correspondait vraiment à une réaction « aussi rapide que possible ».

Le directeur des ressources humaines a répondu que le contexte avait changé à l’automne. Le serveur grossissait selon lui de façon exponentielle, avec peut-être la moitié des nouveaux membres impossibles à identifier, et le ton des messages sur les processus internes devenait plus audacieux. Surtout, le studio s’apprêtait alors à faire une annonce majeure : à ce moment-là, explique-t-il, des propos sur les horaires de travail ou le crunch prenaient une tout autre valeur commerciale, puisque l’intérêt du public était à son maximum. Quelques jours après les licenciements, Rockstar annonçait le report de GTA VI de mai à novembre 2026, une coïncidence de dates qui alimente les spéculations depuis un an.

Mars et juin 2025
Charlie Kinloch a connaissance de messages du serveur qu’il juge problématiques, sans agir immédiatement.
12 adhérents
L’écart qui séparait le groupe du seuil de 10 % nécessaire à la reconnaissance syndicale, selon les plaignants.
Fin octobre 2025
Plus de 30 salariés licenciés pour faute grave, dont 31 au Royaume-Uni.
Quelques jours plus tard
Rockstar annonce le report de GTA VI de mai à novembre 2026.

Le message sur la discrimination, cas d’école

Pour illustrer ce que Rockstar considérait comme dangereux, l’avocat des plaignants a cité le message d’un ancien salarié, Jacob Jones, qui expliquait avoir été poussé vers la sortie par un ancien directeur, privé de télétravail malgré son autisme et non reclassé. Une accusation de discrimination liée au handicap, selon l’avocat, et non une fuite sur le jeu. Charlie Kinloch a reconnu que ce message portait bien sur une discrimination, tout en soutenant qu’à l’approche d’une grande annonce, ce type de contenu pouvait être revendu à des médias et nuire à l’entreprise.

Un serveur cloisonné ou une passoire ?

Les deux camps s’opposent aussi sur la sécurité du serveur. Les anciens salariés assurent que les salons étaient séparés et que chaque membre était vérifié avant d’accéder aux discussions syndicales. Rockstar affirme au contraire qu’un journaliste se trouvait dans au moins un salon et que des détails confidentiels y ont circulé, dont le fameux « format à 32 joueurs » du futur mode en ligne, une information que le studio avait involontairement confirmée lors de la procédure, comme nous l’avions raconté dans notre article sur le format à 32 joueurs du mode en ligne.

Pour mémoire, Rockstar a déjà décrit devant le tribunal une culture du secret comparable à celle d’une banque de Wall Street : accords de confidentialité pour les visiteurs, appareils personnels interdits sur le réseau, films occultants posés sur les fenêtres après des survols de drones, et une équipe de cinq enquêteurs dédiée aux fuites. Un contexte nourri par la fuite géante de 2022 et, plus récemment, par l’affaire Cyberleek, qui reste un dossier distinct de ce procès.

Ce qui va se passer maintenant

L’audience reprend la semaine prochaine avec d’autres témoins de la direction de Rockstar. Le jugement sur le fond ne sera pas forcément rendu à la clôture des débats : au Royaume-Uni, la décision écrite peut arriver plusieurs semaines plus tard, donc potentiellement après la sortie du jeu. Les salariés licenciés, eux, ont déjà fait savoir qu’ils ne demandaient pas aux joueurs de boycotter GTA VI, mais plutôt de soutenir leur combat judiciaire.

Le tribunal a déjà rendu deux décisions de procédure, une dans chaque sens : en juin, il a autorisé l’IWGB à maintenir ses accusations de « liste noire », puis il a refusé d’accorder aux anciens salariés une indemnité provisoire. Aucune de ces décisions ne préjuge de l’issue finale.

GTA VI sortira le 19 novembre 2026 sur PS5 et Xbox Series X|S.

NikoBelic

RÉDACTION · VICE CENTRAL

Traque l'actualité, les leaks et les théories autour de GTA VI.

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